Le cinéma : un pilier de la culture française fragilisé par le web

MEDIAMAG

Le cinéma semble fortement ancré dans la culture française depuis plusieurs décennies. Cependant, il connaît aujourd’hui une forte concurrence de la part des plateformes VOD.

Le cinéma : une activité ancrée dans la culture française

Le cinéma : une activité ancrée dans la culture françaiseAprès sa création par les frères Lumière, le cinéma s’affirme dans la première partie du XXe siècle comme média principal de la société, surpassant même la radio : il devient ainsi le média de masse par excellence.

Contrairement à l’Art du théâtre qui se trouve restreint dans une zone géographique, le cinéma est le premier média qui montre une marchandise techniquement reproductible à l’infini et qui a l’avantage de rassembler les foules à plusieurs endroits, dans plusieurs villes à un moment donné, dans le seul but de partager le plaisir des images et de la communication. Ce public, lors des début du cinéma, et au moins jusqu’à l’introduction du film parlant, qui était connu pour rire, pleurer, crier, et faire de multiples commentaires à haute voix de manière collective devant les actions du grand écran, est aujourd’hui devenu une véritable communauté, regroupée autour du cinéma.

Aujourd’hui le cinéma fait état d’un large développement en France, faisant de ce pays le premier parc cinématographique d’Europe avec plus de 2 000 cinémas et 6 000 écrans. A titre de comparaison, l’Allemagne, qui est le deuxième plus grand parc cinématographique d’Europe, compte seulement 4 850 écrans tandis que le Royaume-Uni affiche 4 340 écrans environ.

Ce maillage territorial unique au monde permet à presque un Français sur deux, et plus précisément 48% de la population de disposer d’un cinéma dans sa commune. De plus, la moitié des cinémas sont situés dans des communes de moins de 10 000 habitants.

Dominique Boutonnat, président du CNC, affirmait d’ailleurs que « cette Géographie du cinéma démontre l’attachement toujours aussi fort des Français à la salle ainsi que l’importance du cinéma, sortie culturelle préférée de nos concitoyens, en tant que vecteur de lien social dans notre société. Au cœur de tous nos territoires, l’accès à la diversité du cinéma participe de notre art de vivre à la française. Afin de conserver et de développer cette force, la dynamique d’innovation mise en œuvre par les exploitants et les pouvoirs publics doit s’intensifier pour s’adapter aux nouvelles pratiques ainsi qu’aux évolutions du secteur. »

Photo d’une salle de cinéma, semi-remplie de spectateurs, avant une projection de film.

Une activité culturelle protégée mais aujourd’hui menacée

Le cinéma semble en effet faire partie intégrante de la culture française. Cependant, cela ne l’empêche pas de connaître des crises notamment dues aux évolutions technologiques qui l’entourent, nécessitant l’apport de protections réglementaires afin de préserver cette part de la culture française.

Ainsi, en 1980, face à l’apparition des cassettes vidéo, une réglementation avait instauré pour la première fois un délai entre la sortie d’un film en salle et sa diffusion à la télévision ou son édition en vidéo. C’est ce qu’on appelle « la chronologie des médias » : une réglementation qui vise à protéger l’exploitation des films en salle. Ces délais ont plusieurs fois été revus pour s’adapter aux évolutions technologiques et à l’apparition de nouvelles chaînes. En 2017, ces délais étaient de 4 mois pour l’édition en DVD ou pour la vidéo à la demande à l’acte ; 10 mois pour la diffusion sur des chaînes payantes (Canal +, OCS, etc.) ; 22 mois pour la diffusion sur les chaînes coproductrices du film et 36 mois pour les services de vidéo à la demande par abonnement (Netflix, etc.). Cependant, le changement de nos habitudes de consommation dues au fort développement du VOD et du piratage, ainsi que les périodes de confinement connues cette année semblent avoir largement remis en question cette réglementation. Ainsi, en 2020, certaines grandes productions ont d’ailleurs pu faire leur sortie directement sur les plateformes VOD plutôt qu’en salle comme « Le Cas Richard Jewell » de Clint Eastwood à titre d’exemple.

Le cinéma concurrencé par les plateformes de VOD

Aujourd’hui, les salles de cinéma se trouvent donc en concurrence directe avec ces plateformes de VOD qui présentent un large choix de films et de séries pour un tarif attractif depuis son canapé. Cette offre semble séduire les jeunes, qui sont aujourd’hui, pour la majorité, très connectés et pour qui cette formule du e-cinéma correspond parfaitement à un mode de vie déjà bien établi.

Comme le montre l’infographie suivante, le remplacement des jeunes dans les salles de cinéma par les seniors semble être la conséquence directe de ce constat.

Cette baisse de fréquentation des salles de cinéma par les jeunes peut sans doute s’expliquer par le coût des tickets de cinéma en comparaison à l’offre proposée par les plateformes de VOD (voire par le piratage). En effet, pour le prix d’un seul ticket, ces jeunes peuvent désormais avoir accès à des dizaines de films depuis chez eux.

Sur le long terme, ce constat paraît inquiétant pour l’avenir des salles de cinéma françaises. Il appartient donc aux cinémas, accompagnés des institutions publiques, tel que le soulignait Dominique Boutonnat, de se réinventer et d’innover pour perdurer